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Photo: Michael J. Tyler Les grenouilles à incubation
gastrique (Rheobatrachus), découvertes dans la forêt vierge en Australie dans les années 1980, ont disparu de la planète.
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‘Sustaining Life’ Identifies Huge Losses to Medical Science
from the Decline and Extinction of the World’s Nature-Based Assets
New York/Nairobi - Une
nouvelle génération d'antibiotiques, de nouveaux traitements contre les pertes osseuses ou problèmes de reins, médicaments
anticancéreux, tout cela pourrait être perdu si le monde ne réussit pas à inverser la tendance rapide à la perte de la biodiversité.
Telles sont les conclusions d'un important ouvrage.
Le monde naturel détient les secrets de l'élaboration d'une
nouvelle sorte d'antalgiques moins dangereux et plus efficaces ; des traitements contre une des principales cause de cécité,
la dégénérescence de la macula et l'étude des tritons et de salamandres, par exemple.
Cependant, les experts préviennent
que de nombreuses formes de vie terrestre et marines qui ont un intérêt économique et médical pourraient disparaître avant
que nous puissions en connaître les secrets et parfois même, avant même de savoir qu'elles existent.
Un nouveau
livre, "Sustaining Life", est l'ouvrage le plus complet sur le sujet et, à ce jour, il constitue un outil inédit
pour la sauvegarde de la nature.
Un traitement prometteur contre l'ulcère gastroduodénal perdu
Selon les auteurs de ce livre, les grenouilles à incubation gastrique (Rheobatrachus), découvertes dans la forêt
vierge en Australie dans les années 1980, illustrent parfaitement les pertes que peut entraîner la disparition d'espèces.
Ces grenouilles faisaient incuber leurs oeufs dans leur propre estomac. Chez tous les autres animaux ils auraient
été digérés par les enzymes et les acides.
Les études préliminaires ont montré que les bébés grenouilles produisaient
une substance, ou peut-être plusieurs, qui inhibaient la sécrétion d'acides et d'enzymes et empêchait la mère de vider son
estomac dans les intestins pendant que les jeunes se développaient.
Les auteurs soulignent que la recherche sur
les grenouilles à incubation gastrique aurait pu favoriser la prévention et le traitement de l'ulcère gastroduodénal qui touche
près de 25 millions de personnes, rien qu'aux États-Unis.
"Mais ces études n'ont pas pu être poursuivies
parce que les deux espèces de Rheobatrachus ont disparu, emportant pour toujours avec elles leurs importants secrets, si utiles
pour la médecine" disent Eric Chivian et Aaron Berstein, les principaux auteurs du livre, qui travaillent au Centre de
santé et de l'environnement mondial de l'Université de médecine de Harvard.
Ces découvertes interviennent alors
que la Neuvième réunion des Parties de la Convention sur la Diversité Biologique(CDB)du Programme des Nations Unies pour l'Environnement(PNUE)se
tient à Bonn, Allemagne, en Mai prochain.
A cette occasion, les délégués de près de 190 pays, chefs d'entreprises,
universitaires et membres de la société civile étudieront comment freiner la disparition de la biodiversité d'ici 2010.
(Voir les commentaires des principaux responsables en bas de page)
"Sustaining Life", le travail
de plus de 100 experts publié par l'Université d' Oxford, a été financé par le PNUE, le Secrétariat de la CDB, le Programme
des Nations Unies pour le Développement(PNUD) et l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature(UICN).
Au centre de ce livre, un chapitre est consacré à l'étude de sept groupes d'organismes menacés qui présentent un grand intérêt
pour la médecine. Il s'agit des amphibiens, ours, conidaes, requins, primates, gymnospermes et limules, qui mettent en évidence
ce que coûtera l'extinction des espèces à la santé humaine.
Ces disparitions concernent des perspectives prometteuses
pour la recherche médicale et de nouveaux traitements, produits pharmaceutiques et tests de diagnostic.
Les experts,
y compris les auteurs, insistent sur le fait que les conclusions de ce livre ne constitue pas un blanc-seing à l'exploitation
des espèces sauvages qui mettrait encore plus de pression sur des espèces déjà menacées, vulnérables et fragiles.
Ils considèrent au contraire que c'est un encouragement à plus de conservation et une meilleure gestion des espèces et des
écosystèmes qu'elles habitent.
Amphibiens
La classe des amphibiens est constituée
des grenouilles, crapauds, tritons, salamandres et gymnophiona(des organismes apodes peu connus qui ressemblent à des vers
de terre géants). Près d'un tiers des quelques 6 000 espèces d'amphibiens connues sont menacées d'extinction.
Ces
animaux produisent un grand nombre de substances nouvelles dont certaines ne sont sécrétées que par les amphibiens vivant
dans la nature et pas par ceux vivant en captivité.
Parmi celles-ci, on peut citer:
Les pumiliotoxines,
comme celles sécrétées par les grenouilles venimeuses du Panama(dendrobates) grâce auxquelles on pourrait élaborer des médicaments
qui renforcent les contractions du c?ur, pouvant servir à soigner les maladies cardiaques.
Les alcaloïdes, sécrétés
par les grenouilles venimeuses de l'Équateur, qui pourraient être la source de nouveaux antalgiques.
Des antibactériens
produits par la peau des grenouilles et des crapauds comme le xenopus d'Afrique et les grenouilles feuille d'Amérique du Sud
et centrale.
Les bradykinines et maximakinines, sécrétées par les glandes de la peau d'espèces comme le sonneur
(crapaud) à ventre de feu (Bombina maxima) chinois ; la grenouille feuille du Mexique ; et la grenouille des marais (Rana
palustris) d'Amérique du Nord, qui dilatent les muscles souples des vaisseaux sanguins des mammifères et donc offrent des
perspectives prometteuses pour le traitement de la tension artérielle.
Certaines grenouilles, comme la grenouille
australienne, sécrètent une colle qui sert d'adhésif naturel pour réparer le cartilage et autres déchirures musculaires chez
l'homme.
Beaucoup d'espèces de tritons et de salamandres, telle que le triton vert à points rouges (Notophthalmus
viridescens), peuvent reconstituer certains tissus, notamment ceux du coeur, les tissus nerveux de la moelle épinière et même
des organes entiers. Come nous sommes relativement proches de ces espèces, elles pourraient nous aider à comprendre comment
nous pourrions peut-être un jour stimuler notre potentiel régénératif dormant.
Certaines grenouilles, comme la
rainette versicolore (Hyla versicolor) et la rainette faux-grillon de l'Ouest (Pseudacris triseriata), peuvent survivre de
longues périodes de gel, sans subir de dommages cellulaires. Si nous comprenons comment elles font, nous saurons mieux préserver
les organes nécessaires à une transplantation.
Ours
Six espèces d'ours sont menacés
d'extinction, parmi lesquels l'ours polaire, le panda géant et l'ours noir d'Asie.
Les ours sont menacés par les
mêmes dangers que les amphibiens, sauf qu'ils sont aussi chassés pour leurs organes comme la vésicule, qui peut atteindre
des prix élevés sur le marché noir en Chine, au Japon et en Thaïlande.
La recherche sur les ours a permis plusieurs
découvertes médicales, notamment la transformation de l'acide ursodésoxycholique, trouvé dans la vésicule biliaire de certaines
espèces d'ours comme les ours blancs et les ours noirs, en médicament.
Cette substance est utilisée pour prévenir la
sécrétion de bile pendant la grossesse. Elle permet de dissoudre certaines sortes de calculs biliaires et peut prolonger la
vie des patients atteints d'une maladie du foie, la cirrhose biliaire primitive, en laissant plus de temps pour faire une
transplantation de foie.
Certaines espèces d'ours, appelée "hibernant" parce qu'ils peuvent entrer dans
un état de sommeil profond quand la nourriture est rare, ont beaucoup de valeur pour la médecine parce qu'ils sont capables
de recycler plusieurs substances corporelles.
Contrairement aux humains, qui ne peuvent pas rester au lit pendant cinq
mois sans perdre jusqu'à un tiers de leur masse osseuse, les ours régénèrent leurs os pendant l'hibernation.
L'ours
semble produire une substance qui inhibe les cellules qui fragilisent les os et fabrique des substances qui favorisent la
fabrication de cellules osseuses et cartilagineuses. Actuellement, les fractures de la hanche causent 740,000 décès par an,
la plupart due à l'ostéoporose. D'ici 2050 on estime à six millions le nombre de fractures de la hanche liées à l'ostéoporose.
Quand il hiberne, un ours peut survivre pendant cinq mois ou plus sans évacuer ses excréments alors que l'excédent
de ces substances toxiques tuerait un humain en quelques jours seulement.
Dans le monde, environ 1,5 million de
personnes sont soignées pour une maladie rénale au stade terminale et plus de 80,000 personnes en meurent chaque année, rien
qu'aux États-Unis. En étudiant l'hibernation des ours, on pourrait comprendre comment mieux soigner ces personnes et permettre
à un grand nombre d'entre elles de survivre.
L'étude de l'hibernation nous permettrait peut-être aussi de trouver
des moyens pour traiter les diabètes de types I et II ainsi que l'obésité. On dénombre 150 à 200 millions de cas de diabète
de type II dans le monde.
Les Gymnospermes, les pins et les épinettes
Près de mille
espèces de gymnospermes ont été identifiées. Il s'agit des végétaux parmi les plus vieux du monde, mais de nombreux groupes,
comme les cycadales sont classées comme menacées.
On a déjà isolé plusieurs produits pharmaceutiques, comme les
décongestionnants et le médicament anticancéreux Taxol.
Les chercheurs pensent que beaucoup reste encore à découvrir
et pourrait être perdu si certaines espèces de gymnospermes disparaissaient.
Certaines substances d'une gymnosperme,
le Ginkgo, limitent la production de récepteurs du système nerveux humain liés à la perte de mémoire. Ils peuvent donc permettre
de lutter contre la maladie d'Alzheimer. Ils peuvent aussi servir à traiter l'épilepsie et la dépression.
Les
conidae
Il existe près de 700 espèces de conidae, dont seulement sept ont été identifiées depuis 2004.
Si seulement quatre d'entre elles sont maintenant classées vulnérables, aucune évaluation approfondie n'a été réalisée depuis
plus de dix ans et les listes actuelles pourraient sous-estimer le véritable nombre d'espèces de conidae menacées
Par
exemple plus de la moitié de la zone de répartition de près de 70 % des quelques 380 conidae étudiés, dans les récifs coralliens,
leur principal habitat, est menacée.
Les espèces de conidae peuvent produire entre 70 000 et 140,000 composés de peptide,
dont un grand nombre intéressent la médecine humaine. Cependant, à peine quelques centaines ont été caractérisées.
L'un des composés, la ziconotide, semble être 1000 fois plus puissante que la morphine et, en essai clinique, elle s'est
révélée un antalgique bien plus efficace pour les patients atteints de cancer ou du SIDA. Lors d'essais sur les animaux d'un
autre composé des conidae, les cellules du cerveau semblaient être préservées de la mort en cas de mauvais afflux sanguin.
Cette substance pourrait constituer une thérapie révolutionnaire pour les personnes souffrant de traumatismes crâniens ou
d'accident vasculaire cérébral. Elle pourrait aussi servir à soigner les maladies de Parkinson et d'Alzheimer.
Les
peptides des conidae pourraient aussi servir à traiter l'incontinence urinaire et les arythmies cardiaques.
Les
requins
Il existe au moins 400 espèces de requins, qui, en tant que groupe, remontent à des temps anciens,
à 400 à 450 millions d'années.
De nombreuses espèces sont maintenant menacées, comme par exemple le requin-marteau
halicorne, le requin blanc et le requin renard, qui ont vu leur population diminuer de 75 % au cours de ces 15 dernières années.
La surpêche en est la principale cause. Elle est due à un hausse de la demande en viande de requin qui remplace
les poissons traditionnellement pêchés notamment dans la restauration rapide(fish and chips); la consommation accrue de soupe
de requin ; les prises accessoires lors de la pêche au thon ; et le marché croissant des produits cartilagineux du requin
à des fins médicales douteuses.
-La Squalamine, une substance isolée de requins comme la roussette, particulièrement
abondante dans leur foie, peut favoriser la création d'une nouvelle génération d'antibiotiques et de traitements contre les
infections fongiques ou protozoaires.
-Des études sont aussi en cours sur des composés de la squalamine comme anticancéreux
et anorexigène.
-Des essais sont en cours pour étudier si la squalamine peut soigner la dégénérescence maculaire
liée à l'âge, qui peut entraîner une grave perte de la vision. Cette substance pourrait arrêter la croissance de nouveaux
globules sanguins dans la rétine, avec la perte de la fonction rétinienne et la cécité des patients.
-Les glandes
à sel de certains requins sont aussi étudiées parce qu'elles peuvent nous permettre de mieux comprendre comment les reins
humains fonctionnent et comment les ions chlorures sont transportés à travers les membranes. Cela aurait un intérêt pour soigner
deux maladies, la mucoviscidose et la maladie kystique des reins.
-Les requins, parmi les premiers animaux avec
un système immunitaire « acquis » qui fonctionne totalement, sont des modèles irremplaçables pour comprendre l'immunité humaine.
Comme le soulignent les auteurs, « Tout ce que ces animaux peuvent nous apporter pour qu'on comprenne mieux comment fonctionne
notre système immunitaire sera rapidement anéanti à cause des massacres dont ils sont victimes et des menaces qui pèsent sur
eux partout dans le monde. »
Les limules
Il existe quatre espèces de limules, qui possèdent
chacune quatre yeux et six organes de détection de la lumière, ainsi que de sang qui devient bleu cobalt quand il est exposé
à l'air libre.
Comme seulement dix bébés survivent sur près de 90,000 oeufs pondus par une femelle, ils sont extrêmement
sensibles à la surpêche.
Autrefois ramassés et transformés pour être utilisés comme engrais, ils servent maintenant
d'appât aux anguilles et aux bulots. Les limules tiennent aussi une place importante dans la chaîne alimentaire, surtout pour
les oiseaux comme le bécasseau maubèche, qui mangent leurs ?ufs en prévision des 16 000 km qu'ils vont parcourir pendant leur
migration.
Les limules ont aussi beaucoup d'intérêt pour la médecine.
Plusieurs classes de peptides
ont été isolées du sang de ces créatures et semblent tuer un grand nombre de bactéries.
Un autre peptide des limules
a été transformé en un composé appelé T140 qui bloque le récepteur humain qui permet au Virus d'immunodéficience humaine(VIH)
d'accéder aux cellules immunitaires du corps. Des essais précliniques indiquent que cette substance est au moins aussi efficace
que l'AZT pour inhiber la réplication du VIH.
Le T140 semble aussi prometteur pour prévenir la diffusion de certains
cancers comme la leucémie, le cancer de la prostate et du sein et peut aussi servir de traitement de l'arthrite rhumatoïde.
D'autres cellules du sang des limules peuvent, par exemple, détecter la présence de certaines bactéries dans le liquide
rachidien de personnes éventuellement atteintes de méningite cérébrale.
Ce test est assez sensible pour détecter
un niveau de 1 picogramme par millilitre de solution, presque l'équivalent d'un grain de sucre dans une piscine olympique.
Ils ont dit :
Achim Steiner, Secrétaire général adjoint des Nations Unies et
Directeur Exécutif du PNUE: "La disparition des habitats, la destruction et la dégradation des écosystèmes, la pollution,
la surexploitation et le changement climatique sont des facteurs importants et persistants qui réduisent le capital naturel
de notre planète, notamment la mine d'or que représente la biodiversité mondiale pour la médecine."
"La
CDB a joué un grand rôle, mais elle doit obtenir plus de résultats encore, si elle veut réaliser les buts et objectifs de
la communauté internationale. Il nous faut une percée à Bonn sur les trois piliers de la convention : la conservation, l'utilisation
durable et l'accès et le partage des avantages associés aux ressources génétiques."
Sigmar Gabriel, ministre allemand
de l'Environnement, a dit: "Nous sommes actuellement en train de détruire le 'disque dur' de la nature - et ceci à un
rythme extraordinaire et sans aucun espoir de restaurer les données une fois perdu. Nous devons comprendre l'ampleur de la
destruction que nous faisons à nous-mêmes afin de changer de direction. Afin de freiner la destruction de la biodiversité
avant 2010 et changer la tendance, nous devons enfin adopter des mesures efficaces au niveau international. Tel est notre
objectif pour la prochaine 9ème réunion de la Conférence des Parties à la Convention sur la Diversité Biologique à Bonn. "
Ahmed Djoghlaf, Secrétaire général adjoint et Directeur exécutif de la Convention sur la diversité biologique(CBD)
a déclaré:
"La biodiversité de la Terre, dont une grande partie reste encore à découvrir, donne une possibilité
unique d'améliorer la santé non seulement de la génération actuelle, mais des générations à venir."
"Cependant,
avec les espèces, ce sont nos possibilités de dévouvertes et d'avancées qui disparaissent aussi. Ainsi, le livre "Sustaining
Life" donne la preuve poignante que la disparition de la biodiversité n'est pas qu'un simple problème environnemental,
mais qu'elle nous touche à un niveau très basique, fondamental et personnel."
Jeffrey McNeely, Chef scientifique
à l'UICN et co-auteur du livre, dit:
"Même si l'extinction est alarmante, ce livre démontre que de nombreuses
espèces peuvent aider des vies humaines. Si nous avions besoin de plus de justification pour agir pour préserver les espèces,
ce livre offre des dizaines d'exemples dramatiques de pourquoi et comment les citoyens peuvent agir de façon à conserver,
plutôt que détruire, les espèces qui enrichissent nos vies."
Kemal Dervis, Administrateur du PNUD, a
déclaré:
«Les gens partout dans le monde, et en particulier les pauvres des régions rurales, dépendent de
la biodiversité pour l'alimentation, le carburant, l'abris, les médicaments et les moyens de subsistance. Si nous ne parvenons
pas ralentir le taux d'extinction, qui est actuellement fortement accéléré par le changement climatique, l'appauvrissement
de la biodiversité compromettra gravement nos perspectives pour réaliser les Objectifs de développement du Millénaire d'ici
2015. "