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08 mars 2008 Kemal Dervis: Journée internationale de la femmeInvestir dans les femmes et les filles En cette journée internationale de la femme, rappelons-nous
que dans le monde entier, trop de femmes restent des membres invisibles, mal protégés et sous-payés de la société dans laquelle
elles vivent. Dans beaucoup de pays en développement, les femmes et les filles peinent dans les rizières ou travaillent une
terre aride pour se nourrir, elles et leur famille, ou elles tiennent de petits commerces dans les rues des villes alors que
trop souvent elles se voient interdire l’accès à la terre, à la propriété, au crédit ou à un héritage qui pourraient améliorer
leur vie. Même si le taux d’emploi des femmes a tendance à augmenter dans l’absolu, celles-ci continuent d’occuper 60
pour cent des emplois informels ou non-rémunérés. Bien qu’elles forment l’ossature des économies agricoles de leur pays, elles
touchent rarement les bénéfices de leur labeur. En 2005, en Afrique du Nord et en Asie du Sud et de l’Ouest, les femmes détenaient
moins de 22 pour cent des emplois rémunérés dans le secteur non-agricole. En 2000, les femmes représentaient 84 pour cent
des travailleurs informels en Afrique subsaharienne et 58 pour cent en Amérique latine. La visite que j’ai effectuée
récemment en Afrique de l’Ouest m’a brutalement rappelé ce que ces terribles statistiques signifient réellement dans la vie
des gens : des femmes et des filles qui parcourent des kilomètres pour aller chercher de l’eau et du bois pour le feu, qui
labourent et sèment dans des champs qui ne leur appartiennent pas, qui récoltent le grain et le broient sans jamais toucher
le moindre revenu. Il ne leur reste que peu ou pas de temps pour aller à l’école ou gagner assez d’argent pour couvrir leurs
besoins les plus élémentaires. Comment pourraient-elles alors transformer une économie de subsistance en un petit commerce
local profitable ? Cependant, avec un peu d’initiative, un soutien adéquat et l’appui d’un État de droit, beaucoup de
femmes créent des marchés là où il n’y en avait jamais eu, génèrent des profits et investissent en priorité dans l’éducation
et la santé familiales. Investir dans les femmes et les filles n’est pas seulement un but noble en soi, c’est l’un des moyens
les plus rapides et les plus efficaces de faire avancer le développement humain pour tous. Prenez l’exemple de Mme Sakho,
du Sénégal, qui a pris part à une initiative lancée par le PNUD pour améliorer la productivité et les revenus de pauvres agricultrices
en introduisant des systèmes de mécanisation à bas prix. Grâce à ce système qui lui permet de moudre ses récoltes plus rapidement
qu’auparavant, Mme Sakho a vu quadrupler les revenus qu’elle tire de la fabrication et de la vente de beurre de karité et
cela lui permet d’éduquer et vêtir ses enfants. Au Timor-Leste, le PNUD offre une formation, des microcrédits et des
techniques agricoles innovantes pour aider les femmes à commercialiser les fruits de leur labeur. Il aide ainsi celles qui
ont été touchées par la crise qui a récemment secoué le pays à se réinsérer dans leur communauté. Au Paraguay, le PNUD collabore
avec des organismes de microfinancement pour aider ceux-ci à mieux comprendre les obstacles que rencontrent les femmes à
la recherche de crédit et à mieux répondre à leurs besoins dans ce domaine. A ce jour, environ 150 micro-entrepreneurs ont
profité de ce projet-là, dont 60 pour cent de femmes - qui toutes ont remboursé dans les temps. De tels succès expliquent
pourquoi le PNUD investit autant dans l’autonomisation des femmes et l’égalité des sexes, car il est conscient qu’accorder
de l’importance à ces questions renforcera son action dans ses quatre domaines d’intervention : réduction de la pauvreté,
gouvernance démocratique, prévention des crises et relèvement, environnement et énergie. Le PNUD étoffe son architecture en
matière d’égalité des sexes, avec une augmentation du nombre de conseillers pour l’égalité des sexes, tant au siège que dans
les bureaux de pays, afin d’arriver à obtenir des résultats dans ce domaine. Le PNUD est aussi en train d’améliorer son système
de responsabilisation de suivi des ressources que nous dépensons en faveur de l’intégration de l’égalité des sexes dans les
activités visant plus particulièrement l’autonomisation des femmes, afin de pouvoir mieux évaluer ces investissements et comprendre
où notre travail a le plus d’impact. En outre, nous avons également mis en place un système formel de responsabilisation avec
la création d’un comité de direction et de mise en œuvre pour les questions touchant au genre (GSIC) présidé par l’Administrateur,
afin que les cadres de l’organisation assument leurs responsabilités et obtiennent des résultats dans le domaine de l’égalité
des sexes. Nous redoublons d’effort pour nous approcher le plus possible de la parité à tous les niveaux de notre organisation. «
Investir dans les femmes et les filles » – le thème de la Journée internationale de la femme de cette année – c’est modifier
les systèmes et les attitudes discriminatoires envers les femmes, attitudes qui les empêchent de contribuer pleinement à l’économie
et à la société dans lesquelles elles vivent comme d’en bénéficier pleinement. C’est mettre fin à une législation archaïque
qui prive les filles du droit d’hériter des terres et des biens de leur père, c’est mettre en place des politiques meilleures
et proposer des gardes d’enfant bon marché et de qualité ainsi qu’un accès à des sources d’énergie propre et à une alimentation
en eau jusque dans les foyers, afin que les femmes puissent réconcilier travail rémunéré et vie familiale. C’est aussi donner
aux femmes les moyens de participer aux structures publiques de prise de décision afin qu’elles aient les moyens d’influencer
les politiques économiques et sociales. La lutte contre la pauvreté et la réalisation des objectifs du Millénaire pour
le développement et d’autres objectifs internationaux ne seront possibles que lorsque l’on reconnaîtra le potentiel inexploité
des femmes dans l’éradication de l’extrême pauvreté et que l’on y fera enfin appel. |
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