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05 janvier 2009
Le Bangladesh retrouve le chemin de la démocratie

Pour créer la liste électorale avec photographies, les opérateurs chargés d’enregistrer les données ont été formés aux bases de l’utilisation des ordinateurs portables, du scannage des empreintes digitales, de l’utilisation d’une webcam ainsi que de la base de données de la liste électorale. Après une formation de dix jours, seuls les meilleurs candidats ont été retenus pour ce travail.
Photo © PNUD


Des élections saluées pour leur transparence et leur crédibilité ont été organisées avec l’appui du PNUD
 


Plus de 70 millions de Bangladeshis, dont plus de 46 millions de femmes et d’électeurs votant pour la première fois, se sont rendus aux urnes le 29 décembre 2008, dans un contexte d’étroite sécurité, pour élire un nouveau gouvernement démocratique. 

Les 9èmes élections parlementaires du Bangladesh se sont déroulées de manière pacifique et ordonnée, et sont saluées comme les plus convaincantes et transparentes que le pays ait jamais connues.

La participation a été de 87%, et les électeurs ont dû patienter dans de longues files d’attente pour pouvoir exprimer leur vote à la faveur de  cette élection qui fera date, marquant le retour du Bangladesh sur le chemin de la démocratie après deux ans d’état d’urgence.
 
« Je suis arrivée ici une demi-heure avant l’ouverture du bureau de vote… et il y a déjà 200 femmes qui patientent dans la file d’attente ! » raconte Tashkina Yeasmin, une électrice faisant la queue dans la ville de Chapainawabganj au nord-ouest du pays.
 
« L’élection a été ressentie comme une célébration pour nos amis. Nous n’avons pas voté de manière émotionnelle mais intelligemment et stratégiquement. Les électeurs votant pour la première fois ont eu de la chance, car le climat pré-électoral a été très pacifique » indique Sristi Barua, qui votait pour la première fois. (1)

Le Groupe de haut niveau établi par le Secrétaire général Ban Ki-Moon pour les élections parlementaires de décembre 2008 au Bangladesh, composé de hauts fonctionnaires des Nations Unies ainsi que d’experts électoraux,  a indiqué que la Commission électorale a mené à bien l’élection de manière convaincante et juste, soulignant le niveau très élevé de participation ainsi que la participation importante des minorités. Le Groupe a toutefois souligné que la démocratie va au-delà des élections, et que le nouveau gouvernement doit déployer des efforts en vue de renforcer la gouvernance démocratique dans le sens le plus large, se faisant ainsi l’écho des remarques formulées par le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki Moon ainsi que par l’Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Kemal Derviş.

«  C’est seulement en partageant et en contrôlant le pouvoir qu’un pays peut commencer à progresser sur le chemin de la stabilité et de la prospérité à long terme. Quand les gagnants veulent tout pour eux, tout le monde y perd, a souligné M. Derviş. Le Bangladesh traverse aujourd’hui un moment important de son histoire. Il est déterminé à bâtir des institutions démocratiques plus fortes et des pratiques démocratiques plus profondes ».

La Commission électorale du Bangladesh (BEC), qui a travaillé activement avec le PNUD, a introduit plusieurs outils pour augmenter la précision, la transparence et la crédibilité de cette élection :

•   Une nouvelle liste électorale avec photographies, qui a contribué à réduire la fraude électorale, un redécoupage électoral permettant d’assurer un poids comparable à chaque vote, et
•   Une nouvelle infrastructure au niveau des technologies de l’information et des communications (ICT) dans tout le pays, qui a permis d’améliorer l’accès à l’information sur les candidats, la liste électorale et les résultats du vote.

Par ailleurs, des campagnes nationales d’éducation civique et de sensibilisation des électeurs ont été organisées pour informer les électeurs sur les procédures d’inscription, la nouvelle liste électorale et les procédures de vote. La BEC a réalisé une émission en direct toute la nuit pour annoncer les résultats au fur et à mesure qu’ils tombaient, par l’intermédiaire du nouveau réseau ICT.

Les plus de 200.000 observateurs électoraux nationaux et 500 internationaux déployés le jour du vote sont repartis avec le même verdict : l’élection s’est déroulée de manière pacifique, transparente et convaincante, conformément à des standards hautement démocratiques.

« Professionnalisme, transparence et crédibilité ont été les maîtres-mots de cette élection » a souligné la Mission d’observation électorale de l’Union européenne.

« Tous les Bangladeshis peuvent être fiers du succès de ces élections. Le haut niveau de participation illustre bien le souhait de la population de voir la démocratie restaurée » explique Gordon Duguid, un porte-parole du Département d’Etat américain. (2)

Toutes les organisations d’observateurs internationaux estiment que c’est la nouvelle liste électorale qui a permis de réduire la fraude électorale et de revenir à la crédibilité du vote : « La réussite de cette journée d’élections est due en grande partie à l’établissement d’une nouvelle liste électorale. Le gouvernement intérimaire, la BEC, l’armée ainsi que le Programme des Nations Unies pour le développement doivent être salués pour les efforts déployés en vue d’enregistrer plus de 80 millions d’électeurs en droit de voter et d’assurer leur inscription dans la nouvelle liste », indique la déclaration de l’Institut républicain international sur l’élection.

L’élection générale était originellement prévue pour janvier 2007, mais avait été annulée suite à la généralisation de la violence et des manifestations, qui avait mené le pays à une quasi-paralysie. Un gouvernement intérimaire appuyé par l’armée avait alors imposé l’état d’urgence, lequel a été levé avant l’élection de décembre 2008. 

La Commission électorale du Bangladesh (BEC) jouit d’un haut degré de confiance dans l’opinion ; elle a étroitement travaillé avec une large palette de parties prenantes pour préparer et mener à bien cette élection à marquer d’une pierre blanche. La BEC a par ailleurs entrepris des réformes électorales de grande envergure, passant notamment par de nouvelles lois électorales, des codes de conduite ainsi que l’enregistrement obligatoire des partis politiques.

Le PNUD appuie la BEC depuis 1996. Suite à ce partenariat de longue date, la Commission électorale reconstituée a demandé au PNUD de fournir un appui technique, logistique et administratif pour préparer et mener à bien l’élection de décembre 2008. Le PNUD a travaillé étroitement avec le nouveau gouvernement et la Commission électorale pour mettre au point un calendrier électoral, afin que le pays puisse de nouveau bénéficier d’un gouvernement élu. 

Avec l’appui du PNUD, la Commission électorale du Bangladesh a lancé un certain nombre d’initiatives visant à rectifier les déficiences passées :

•    TOUTE PREMIERE LISTE ELECTORALE INFORMATIQUE AVEC PHOTOGRAPHIES

Une des raisons principales de l’annulation de l’élection nationale prévue le 22 janvier 2007 a été la liste électorale gravement discréditée. Les organisations de la société civile et les partis politiques ont demandé la création d’une liste électorale juste avec photographies pour faciliter la tenue d’élections libres et équitables. A la demande de la BEC, le PNUD a mis au point des procédures, méthodologies et spécifications techniques en vue de la création d’une liste électorale informatique avec photographies. Grâce à l’appui logistique et organisationnel de l’armée du Bangladesh, un projet-pilote a été mis en œuvre en juin 2007 pour tester la méthodologie et la technologie ainsi que pour établir des directives et des paramètres pour la mise en œuvre du projet complet. En seulement onze mois, plus de 81 millions d’électeurs – dont près de 51% de femmes – ont été enregistrés électroniquement, ce qui a nécessité l’enregistrement des photographies, empreintes digitales et informations personnelles détaillées des électeurs dans une base de données nationale. Le Bangladesh détient désormais un record, pour avoir enregistré le plus grand nombre d’électeurs dans la plus courte période de temps. Cette immense réalisation a demandé la formation de plus de 500.000 personnes pour les élections, dont plus de 104.000 opérateurs informatiques, dont 25% de femmes. Plus de 10.500 ordinateurs portables avec webcams et scanners pour empreintes digitales ont été déployés dans les équipes pour mener à bien l’enregistrement, ainsi que 500 ordinateurs de bureau et serveurs. L’initiative a exigé la coordination des activités dans près de 90.000 centres d’inscription dans tout le pays. L’exercice a également nécessité l’enregistrement numérique des informations personnelles, des photographies et des empreintes digitales dans les ordinateurs portables, qui ont été intégrés avec un centre de données central. L’équipement a été conçu pour permettre le redéploiement en vue de la mise à jour et de la gestion de la liste électorale avec photos ainsi que pour appuyer les exigences futures du Bangladesh en matière de gouvernance électronique.
Des méthodes et des solutions ont été trouvées pour faire face aux problèmes spécifiques au Bangladesh, notamment des stratégies particulières pour inclure les minorités, les groupes autochtones et les régions difficiles d’accès. Pour la toute première fois, les électeurs en droit de voter de la communauté Bihari ont été enregistrés afin de pouvoir voter et être reconnus comme citoyens du Bangladesh.

« C’est incroyable d’avoir enfin une identité nationale. Cela me semble d’autant plus extraordinaire que ma fin est proche. Je n’aurais jamais cru pouvoir dire « c’est mon pays » avant de mourir » indique Abdul Sattar (70 ans), un électeur de la communauté Bihari dont le dernier vote remontait à avant l’indépendance du Bangladesh en 1971. (3)

Une conséquence indirecte utile et novatrice de cette initiative a été la création de la carte d’identité nationale provisoire, qui a été donnée aux électeurs après qu’ils se soient inscrits au vote. La carte d’identité représente pour beaucoup de Bangladeshis la première forme d’identification qu’ils aient jamais reçue.

Le projet de liste électorale a été élaboré sous forme de projet financé en commun géré par le PNUD et mis en œuvre par la BEC, avec le financement du Gouvernement du Bangladesh et l’appui financier de neuf partenaires internationaux du développement (Danemark, Commission européenne, République de Corée, Pays-Bas, Norvège, Suède, Suisse, Royaume-Uni et PNUD).

Des audits indépendants réalisés sur la liste électorale ont confirmé la justesse et la crédibilité élevées de la liste. Une fois terminée la procédure d’inscription électorale, le PNUD a chargé la Fondation internationale pour le système électoral (IFES) basée à Washington d’évaluer la liste électorale photographique de 2008. L’audit a confirmé les niveaux élevés de précision des données et des photographies ainsi que l’inclusivité de la liste.

•  DECOUPAGE DES CIRCONSCRIPTIONS

Afin d’assurer que tous les votes aient un poids comparable, la BEC a mené avec succès le premier exercice de découpage électoral global réalisé depuis le milieu des années 1970. D’importantes disparités existaient entre les circonscriptions au niveau du nombre d’électeurs : certaines circonscriptions ne comptaient que 104.100 électeurs, alors que d’autres en recensaient plus de six fois plus. Le PNUD a fourni une assistance technique pour mettre au point la méthodologie ainsi que des directives pour le découpage, dont l’introduction de la technologie des Systèmes géographiques d’information (GIS) en vue d’appuyer un processus de découpage juste et en temps voulu. Le PNUD a également fourni de l’aide pour renforcer les capacités au sein de la BEC en vue d’appuyer le nouvel équipement et logiciel GIS. Plus de 130 circonscriptions ont été redécoupées, et un processus d’auditions a été mené au niveau national par les Commissaires, processus qui a permis d’établir des circonscriptions de taille égale pour l’élection du 29 décembre 2008. 
 

•    TECHNOLOGIE DE L’INFORMATION ET DES COMMUNICATIONS (ICT)

En vue d’améliorer les réseaux de communication et d’assurer la pérennité des nouvelles initiatives, le PNUD a appuyé la BEC pour ce qui est d’établir des stratégies opérationnelles et technologiques à long terme aux niveaux national et local. L’établissement d’une infrastructure ICT a permis la création d’un système de déclaration des candidats à l’échelle nationale, d’un système de nomination et de résultats ainsi que d’un site Internet interactif mis à jour auquel plus de 750.000 personnes ont eu accès pendant la période électorale. Le système a été utilisé pour scanner et transmettre toutes les nominations de candidats ainsi que les déclarations de biens qui ont été redues publiques sur le site Internet de la BEC, permettant aux Bangladeshis de faire des choix en meilleure connaissance de cause le jour du vote. Le nouveau système a également permis la transmission progressive des résultats de l’élection, depuis le terrain jusqu’au niveau central, assurant la publication de mises à jour en temps réel sur le site Internet public de la BEC. La BEC est désormais reconnue comme l’une des utilisatrices les plus avancées de la ICT dans le pays et comme l’une des premières organisations du Bangladesh à avoir établi un réseau informatique jusqu’aux niveaux des districts et sous-districts. Les nouveaux systèmes ICT permettent aux citoyens d’avoir accès à l’information, dissuadent et préviennent la fraude et les irrégularités électorales et améliorent la confiance du public dans les institutions électorales.

•  URNES TRANSPARENTES ET ENCRE INDELEBILE

Suite à une demande de longue date des partis politiques, la Commission électorale du Bangladesh s’est engagée à fournir des urnes transparentes pour l’élection du 29 décembre 2008. Le PNUD, avec l’appui financier du gouvernement du Canada, a aidé la BEC à obtenir les spécifications et à recevoir 240.000 urnes transparentes, et a appuyé la formation et la fourniture de vidéos de formation pour familiariser les responsables des bureaux aux urnes transparentes. Ces dernières ont aidé à instaurer la confiance dans le processus et à assurer la transparence de l’élection.
La BEC a également demandé l’aide du PNUD pour ce qui est d’identifier et de fournir les stylos à encre indélébile utilisés le jour du vote. Les stylos ont aidé à dissuader les votes multiples et ont renforcé la confiance du public dans le processus.

•  RENFORCEMENT DES CAPACITES

Afin d’assurer la pérennité des initiatives entreprises par l’actuelle Commission électorale du Bangladesh, le PNUD a fourni son aide technique en vue d’une restructuration organisationnelle destinée à renforcer la capacité de la Commission à mener à bien et à gérer de manière professionnelle des élections convaincantes et techniquement satisfaisantes, à institutionnaliser les mécanismes et systèmes ICT et à appuyer l’indépendance de la Commission.

Le PNUD a en outre aidé la BEC à concevoir et à élaborer les documents éducatifs et de sensibilisation des électeurs pour l’élection du 29 décembre 2008. La campagne de sensibilisation a couvert des thèmes tels que les déclarations des candidats, la nouvelle disposition sur l’ « absence de vote », les procédures de la journée électorale et l’identification des bureaux de vote.
 
•    APPUI CONTINU A LA BEC

LE PNUD continuera d’appuyer la BEC en vue d’assurer la pérennité des réalisations, notamment l’institutionnalisation et les infrastructures permettant d’entretenir la liste électorale. Le PNUD contribuera à établir des stations de serveurs dans tout le Bangladesh en vue de fournir des installations permanentes permettant de mettre à jour la liste annuellement et en continu ainsi que de s’acquitter d’autres fonctions administratives et de gestion électorale.

L’élection a été une étape cruciale, mais elle ne constitue qu’une première étape pour ce qui est d’assurer que les structures, les institutions et les procédures de gouvernance sont engagées en faveur des besoins et droits de tous les citoyens et y répondent. Dans toutes ses actions visant à appuyer la BEC actuelle, le PNUD s’est attaché à fournir des opportunités, des mécanismes et des processus qui ont permis l’interaction et la communication entre la BEC et les organisations non gouvernementales. Des consultations régulières et fréquentes ont été organisées entre le PNUD, la BEC et la communauté nationale et internationale, assurant que toutes les parties prenantes ont travaillé avec le même objectif.  

•   L’APPUI DES NATIONS UNIES

Le PNUD et le Secrétariat des Nations Unies sont restés engagés pendant tout le processus et ont joué un rôle crucial dans les préparatifs électoraux. Depuis 2006, la Division de l’assistance électorale du Département des affaires politiques des Nations Unies a envoyé environ une demi-douzaine de missions d’experts en vue d’évaluer la situation et d’assurer que les préparatifs aboutissent à de bonnes pratiques électorales. Lorsque l’Administrateur du PNUD Kemal Derviş s’est rendu au Bangladesh en mars 2007, ce dernier a accordé une attention particulière à la manière dont le pays s’est préparé à ces élections démocratiques, rencontrant le Commissaire en chef chargé de l’élection et se rendant dans les sites d’inscription sur les listes électorales en zones rurales. « Le Bangladesh est fait pour la démocratie. Ce peuple aime profondément la démocratie et est passionnément indépendant ; il a besoin de discussions et d’échanges de vues francs, a-t-il affirmé. Un Bangladesh qui surmonte ses problèmes économiques actuels et réussit sa transition démocratique est un exemple puissant pour de nombreux autres pays confrontés à des problèmes similaires ».

Au cours de sa visite au Bangladesh en novembre 2008, le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon a souligné le rôle du PNUD pour ce qui est d’aider le pays à « inaugurer une démocratie plus forte, plus lumineuse et plus durable ». Après sa visite, et en réponse à une demande du gouvernement intérimaire du Bangladesh, le Secrétaire général a établi un Groupe de haut niveau pour les futures élections parlementaires, composé de hauts fonctionnaires des Nations Unies et d’experts électoraux. Le Groupe de haut niveau s’est par la suite rendu deux fois au Bangladesh, évaluant les préparatifs et la conduite des élections.

Concluant sa deuxième visite par un point de presse le 2 janvier, le Groupe de haut niveau a indiqué que la Commission électorale a mené à bien l’élection avec crédibilité et équité.

« Il est hautement désirable que le nouveau gouvernement fasse du renforcement des institutions démocratiques une priorité et assure l’indépendance des organes qui ont été créés au cours des deux années passées, tels que la commission anti-corruption » a estimé le Groupe de haut niveau.

(1) Reproduit avec l’aimable autorisation de "The Star Campus"
(2) Reproduit avec l’aimable autorisation de www.voanews.com
(3) Reproduit avec l’aimable autorisation de "The Daily Star"