24 juin 2009
Une assurance particulière pour la gestion des risques climatiques
Geneva — Le climat a toujours constitué un défi majeur pour les agriculteurs, les gardiens de
troupeaux, les pêcheurs et tous ceux dont les moyens d’existence sont étroitement liés à l’environnement, particulièrement
parmi les habitants des régions pauvres du monde. Un type d’assurance basée sur les indices météorologiques, que l’on appelle
assurance indicielle, ouvre à présent de nouvelles perspectives en la matière, en offrant des opportunités significatives
pour servir d’outil de gestion des risques climatiques dans les pays en développement, selon une nouvelle publication, présentée
aujourd’hui dans le cadre d’un atelier organisé par le Forum humanitaire mondial (GHF), à Genève. Ce rapport, intitulé Assurance
indicielle et risques climatiques : perspectives d’avenir pour le développement et la gestion des catastrophes (Index Insurance
and Climate Risk: Prospects for development and disaster management) fait partie de la série Climat et société (Climate and
Society), produite par l'Institut international de recherche sur le climat et la société (IRI). L'IRI a publié ce rapport
en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement, le Fonds international de développement agricole
(FIDA), Oxfam America, Swiss Re, la National Oceanic and Atmospheric Administration (Administration océanique et atmosphérique
américaine) et le Programme alimentaire mondial.
« Le concept d’assurance indicielle est une innovation qui pourrait
apporter des réponses à certains des problèmes persistants auxquels sont régulièrement confrontés les pauvres et les personnes
vulnérables », écrit Kofi Annan, Président du Forum humanitaire mondial, dans la préface du rapport. « Je souhaite que cette
publication puisse nous permettre d’apprécier l'étendue des connaissances que nous avons acquises, ces dernières années, et
de mieux localiser les domaines spécifiques sur lesquels nous pouvons concentrer nos efforts collectifs de la manière la plus
utile ».
Pour les populations pauvres, les variations et l’imprédictibilité climatiques restreignent sérieusement
les options dont elles disposent pour assurer leurs moyens de subsistance, tout en limitant fortement le développement. À
titre d’exemple, les banques sont peu enclines à consentir des prêts aux agriculteurs lorsqu’elles ont de bonnes raisons de
croire qu'une sécheresse risque d'entraîner des défauts de paiement généralisés, et ce, même si les agriculteurs se sont révélés
en mesure de rembourser leurs traites presque tous les ans. Le défaut d’accès des agriculteurs aux crédits restreint leur
capacité à acheter des semences améliorées, des engrais chimiques et d’autres adjuvants utiles.
L’assurance indicielle représente une alternative attrayante pour la gestion des risques météorologiques
et climatiques car elle se fonde sur un indice météorologique, tel que les chutes de pluie, pour déterminer les dédommagements.
Ceci permet de résoudre un certain nombre de problèmes qui rendent l’assurance traditionnelle peu viable dans les régions
rurales des pays en développement. Grâce aux contrats d’assurance indicielle, une compagnie d’assurances n’a plus besoin de
rendre visite au titulaire de la police d'assurance pour déterminer les primes et évaluer les éventuels dommages. Au lieu
de cela, il suffit que les chutes de pluie enregistrées par les pluviomètres tombent en-deçà d’un seuil spécifique convenu
préalablement pour que les remboursements au titre de l’assurance interviennent automatiquement. Un tel système réduit considérablement
les coûts des transactions. Le fait d’être assuré permet aux titulaires de ces polices d’assurance de soumettre des demandes
de prêt auprès des banques et de prétendre à d’autres types de crédit qui leur étaient, jusqu’à présent, inaccessibles.
Cependant, pour que l’assurance indicielle puisse contribuer au développement à des échelles significatives, il faut
d’abord surmonter un grand nombre de défis. Par exemple, certains efforts de mise en œuvre de l’assurance indicielle ont précédemment
échoué en raison de l’insuffisance des capacités, des problèmes soulevés par des considérations institutionnelles, juridiques
et/ou de conformité, de l’absence de données adéquates ainsi que d’autres contraintes. Cette nouvelle publication examine
les défis techniques et opérationnels qui mettent actuellement un frein à la croissance et la diffusion des pratiques de l’assurance
indicielle. Elle met en avant plusieurs cas d’études portant sur différentes applications de l’assurance indicielle de par
le monde, dont notamment, les exemples suivants :
• Programme de partenariat entre les secteurs public et privé
au Brésil, destiné à appuyer les agriculteurs.
• Projet multinational aux Caraïbes pour lutter contre les risques
de tremblement de terre et d’ouragan.
• Programme national en Éthiopie servant de complément au système d’alerte
précoce en cas de sécheresse.
• Programme visant à faciliter l’accès au crédit pour les communautés de petits agriculteurs
au Malawi.
• Programmes publics et privés en Inde offrant des contrats dans divers États, portant sur différentes
sortes de cultures et couvrant une plage de risques allant des précipitations violentes aux températures extrêmes.
« Seule une fraction de trois pour cent de la population mondiale est aujourd'hui couverte par l’assurance », a déclaré
Olav Kjorven, Administrateur adjoint et Directeur du Bureau des politiques de développement du PNUD. « Les pauvres du monde
ont été complètement délaissés, alors que ce sont précisément les individus les plus vulnérables, ceux qui ont le plus besoin
d'être protégés. Les sécheresses, les inondations, les ouragans dépouillent souvent des communautés entières de leurs ressources
et de leurs biens. L’assurance indicielle pourrait, enfin, permettre à des millions de personnes pauvres de se préparer de
manière plus adaptée aux catastrophes climatiques et de s’en relever plus rapidement ».
Jusqu’à présent, un grand
nombre de projets ont démontré que l'assurance indicielle est une solution viable pour les personnes dont le revenu ne dépasse
pas deux dollars des États-Unis par jour. Depuis 2005, certaines communautés d’agriculteurs au Malawi, par exemple, ont pu
souscrire à de petits contrats d’assurance pour couvrir le prix d’achat des semences en cas de sécheresse. Près de deux millions
d'agriculteurs indiens ont eu accès aux programmes d'assurance indicielle depuis 2003. Cependant, pour réaliser son plein
potentiel, le champ d’application de l’assurance indicielle doit être étendu pour toucher un plus grand nombre de personnes.
« L’enthousiasme suscité par ces méthodes s’explique par le fait que nous essayons d’appliquer de nouvelles manières
de penser à la résolution de problèmes de longue date », indique Stephen E. Zebiak, le Directeur général de l'Institut international
de recherche sur le climat et la société (IRI). « Comme il est clairement expliqué dans le rapport, nous arriverons à réaliser
ceci en utilisant les moyens innovants mis à notre disposition par la science et la technologie, en améliorant le rôle que
le secteur privé est appelé à jouer, en connectant ce processus avec la mise en commun des risques au niveau international
et en travaillant de concert avec les pays concernés pour renforcer les capacités de leur population et leurs institutions.
Cette publication souligne l’importance critique de s’atteler à cet agenda, tous ensemble ».
Pour en savoir
plus sur l’assurance indicielle et la série Climate and Society, et pour télécharger le rapport Index Insurance and Climate
Risk: Prospects for development and disaster management, veuillez consulter le site suivant : http://iri.columbia.edu/csp/issue2
À propos de l’Institut international de recherche sur le climat et la société (IRI)
L’Institut international
de recherche sur le climat et la société (IRI) fait partie de l’Earth Institute (Institut de la terre) de Columbia University
(Université de Columbia). Son but est de renforcer les capacités de la société à comprendre, anticiper et gérer l’impact des
fluctuations climatiques saisonnières, de manière à améliorer la qualité de vie et l’environnement. Dans des domaines d’application
aussi variés que la surveillance de l’environnement, la prévision urbaniste, les outils de gestion des risques climatiques
et les bonnes pratiques liées à la gestion de l'eau, la santé publique, l’agriculture et la sécurité alimentaire, l'IRI et
ses partenaires se focalisent sur les opportunités de renforcement des capacités pour intégrer les informations climatiques
à la planification et la prise de décision au niveau régional. Pour obtenir de plus amples informations à ce sujet, visitez
le site http://iri.columbia.edu.