16 octobre 2009 Au Gabon, environnement et lutte contre le chômage vont de pair | | Près de deux cent jeunes sont
employés aujourd’hui par onze équipes de
projet pour débarrasser 300 000 habitants de Libreville de leurs ordures (Photo: PNUD) |
Les habitants des quartiers défavorisés de Libreville ne se retournent plus au passage des hommes et femmes vêtus de combinaisons,
de bottes et de masques de protection qui sont apparus il y a quelques années. Ces derniers poussent des brouettes chargées
de sacs poubelles à travers les ruelles de la capitale.
Ils sont désormais familiers des "précollecteurs"
qui participent à l’amélioration de leurs conditions de vie et à l’assainissement de la ville en collectant les ordures ménagères
dans les zones très difficiles d’accès pour les sociétés conventionnelles de ramassage.
La question de la gestion
des ordures ménagères est un véritable problème environnemental et de santé publique dans la capitale gabonaise. Pour y faire
face, le PNUD, en partenariat avec la mairie de Libreville et le service d’hygiène du ministère de la santé publique a mis
en œuvre le projet "Gestion urbaine partagée des déchets solides" qui s’appuie sur le Programme national de maîtrise
des déchets. Il permet de mettre en œuvre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) grâce au renforcement de
la lutte contre la pauvreté, à l’amélioration des conditions d’hygiène publique et de santé primaire et à l’assainissement
de l’environnement.
Son impact est également positif sur le plan économique car il contribue à la résorption du
chômage chez les jeunes, lesquels représentent près de 48% de la population.
 | | Un des quartiers nettoyés de Libreville (Photo: PNUD) | La
collecte des déchets par les sociétés de ramassage ne répondait pas entièrement aux besoins des populations. Elle ne bénéficie
en effet qu'à 38% des familles. La collecte est sélective, orientée essentiellement vers les quartiers résidentiels et du
centre-ville (taux de collecte de 80%), au détriment des quartiers défavorisés (taux de collecte de 6%), faute de voies de
communication.
Ainsi, il est indispensable, en milieu urbain, de développer les précollectes dans les meilleures
conditions possibles de proximité et de partenariat avec les usagers. L’objectif est de faire passer le nombre de ménages
concernés par le ramassage des déchets de 40 à 80 % en cinq ans et de développer les mesures d’incitation, d’information et
de sensibilisation.
L’approche stratégique du projet place les populations concernées au centre du mécanisme proposé.
Ainsi, ce sont les jeunes issus des quartiers pauvres qui sont recrutés. Ils reçoivent des formations en gestion des déchets,
en gestion administrative et financière et en approche participative avant d’être regroupés au sein d'équipes de projet. Au-delà
de ces acquis , ils sont encouragés à sensibiliser les ménages qui souscrivent à ces prestations de précollecte sur le bien
fondé d’avoir un environnement salubre.
Près de deux cent jeunes sont employés aujourd’hui par onze équipes de
projet pour débarrasser quotidiennement les 300 000 habitants des onze quartiers sélectionnés, de leurs ordures ménagères.
Les clients paient 5000 F CFA par mois (moins de 10 dollars) pour ces services. Ainsi, les jeunes ont fait de cette activité
un métier avec l’ambition de devenir, à terme, des groupes organisés ayant un statut institutionnel et juridique leur permettant
d’évoluer comme de vrais opérateurs économiques.
Au fil du temps, beaucoup de ces jeunes ont vu leur situation
économique et sociale s’améliorer avec une augmentation de leur pouvoir d’achat.
« Depuis mon recrutement, j’arrive,
désormais, à satisfaire mes besoins immédiats, » dit un jeune précollecteur. « Je ne harcèle plus ma famille ».
 | | A Libreville, la collecte des
ordures est sélective, orientée essentiellement vers les quartiers résidentiels et du centre-ville (Photo: PNUD) | «
Ma fiancée et moi-même mettons de l’argent de côté pour nous marier. Nous sommes tous deux précollecteurs et nous faisons
des projets à long terme » a annoncé un autre précollecteur, responsable de son équipe de projet.
Leur engagement
sur le terrain et les différentes évaluations du projet, dont les résultats ont été jugés positifs, ont amené les autorités
locales à les impliquer dans l’élaboration de certains plans d’action municipaux, tout en leur confiant divers travaux d’assainissement
tels le curage des caniveaux, le balayage des rues et des marchés, et le débroussaillage des espaces verts.
Les
populations bénéficiaires ne cachent pas leur satisfaction. « Depuis que je suis abonnée à ces prestations, ma concession
est propre. Les ordures ménagères ne s’entassent plus et cela a convaincu mes voisins qui, eux aussi, ont fini par prendre
un abonnement auprès de ces jeunes. Nous sommes très satisfaits aujourd’hui car notre environnement est devenu salubre » a
déclaré une femme au foyer.
Le projet « Gestion urbaine partagée des déchets solides » devrait, selon les autorités
municipales, être dupliqué à une plus grande échelle. A la création d’emplois chez ces nombreux jeunes s’est ajoutée l’autonomisation
des premières équipes de projet qui fonctionnent désormais comme des petites et moyennes entreprises.
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